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Inflation : Alimentaire, énergie, carburant… Mais pourquoi le gouvernement raffole-t-il des chèques ?

AIDES PUBLIQUES Le gouvernement planche sur un chèque alimentaire pour aider les foyers les plus précaires. Pourquoi l’exécutif aime-t-il autant ce procédé ?

  • Face à l’inflation et à la hausse des prix dans l’alimentaire, le gouvernement envisage de créer un chèque alimentation.
  • Ce serait le troisième chèque en quelques mois de la part du gouvernement, après le chèque carburant et le chèque énergie.
  • Un procédé apprécié du gouvernement, mais qui peine à faire l’unanimité.

Face aux problèmes, le gouvernement semble avoir deux solutions favorites : le numéro vert, usé jusqu’à la moelle pendant la crise sanitaire, et le chèque. Après le chèque carburant et le chèque énergie, l’exécutif compte expérimenter un chèque alimentaire dans les prochains mois, a indiqué ce lundi le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire. Un projet déjà évoqué en 2022.

Le but : aider les plus modestes à faire leurs courses en pleine période d’inflation. Mais pourquoi donc le gouvernement raffole-t-il à ce point de ces aides, au lieu d’utiliser d’autres moyens ?

Un chèque ciblé mais parfois difficile d’accès

Premier avantage, « le chèque, c’est visible et concret, on peut le toucher du doigt. Cela aide à faire passer le signal que le gouvernement agit et est dans l’action », estime Angela Sutan, chercheuse en économie expérimentale et professeure à la Burgundy School of Business. Deuxième bon point par Louis Maurin, sociologue spécialiste de la pauvreté et directeur de l’Observatoire des inégalités : permettre de ne viser qu’une partie de la population. « On l’a vu avec les ristournes sur l’essence pour tout le monde : des offres non ciblées coûtent extrêmement cher et sont un gouffre de dépenses publiques. Des chèques, cela permet de ne concerner qu’une partie de la population – celle qui en a le plus besoin – et ne pas éparpiller l’aide. »

Mais le procédé a ses effets pervers. Si on ne connaît pas encore les modalités de
ce chèque alimentaire, sinon qu’il « se fera sur une base territoriale, sans doute le département », dixit Bercy, celui autour du carburant, au contraire du chèque énergie, nécessitait d’en faire la demande avec un formulaire en ligne. « La moitié seulement (des personnes éligibles) l’ont demandé, en raison de la fracture numérique, mais également du signal de précarité et d’une  »honte » à demander de l’aide, rappelle Angela Sutan. Sans accuser le gouvernement, on peut tout de même estimer que le chèque, s’il faut aller le chercher, permet moins de dépenses qu’il n’y paraît, puisque tout le monde ne va pas faire la demande ».

Des réponses plus structurelles demandées

En parlant de dépenses, l’utilisation à répétition de chèques permet d’effectuer des « one shot » plutôt que des actions à plus long terme. « Pour le chèque énergie, par exemple, on raisonne en centaines d’euros quand le montant de la facture pour un consommateur se chiffre en milliers. C’est une aide très souvent insuffisante », pointe Noam Leandri, président d’Alerte, collectif de 34 associations de solidarité.

Des associations qui réclament des réponses structurelles et non des aides conjoncturelles : « Les petits chèques, ça commence à bien faire. Il faut rehausser les minima sociaux, au minimum à la hauteur de l’inflation, et de préférence plus. On parle d’une hausse des prix de 14 % sur l’énergie ou l’alimentation. Ce ne sont pas des chèques qui régleront ça », estime Noma Leandri.

Vers une usine à gaz

Même constat chez Louis Maurin : « Le gouvernement a tendance à multiplier les chèques et à en faire une sorte d’usine à gaz d’une grande complexité, alors qu’il y a un élément très simple dans ce pays : les minima sociaux. Aujourd’hui, ils sont de 500 euros, et qui peut admettre vivre décemment avec une telle somme ? On a de nombreux outils structurels sur lesquels agir : le RSA, l’allocation familiale, de logement, l’allocation de solidarité spécifique…»

L’Observatoire des inégalités milite pour un revenu minimum unique (RMU), dès 18 ans, de 900 euros par mois. « Le budget estimé est chiffré à 7 milliards, soit un tiers du coût de la suppression de la taxe d’habitation, et cela permettrait d’éviter des chèques dans tous les sens », plaide Louis Maurin.

Du paternalisme dans l’aide ?

Dernier reproche fait au chèque, celui d’imposer un achat précis dans un laps de temps déterminé. Par exemple, le chèque carburant (pour le carburant) n’est valable que jusqu’en mars 2023. « Cela aide moins les personnes, puisque ça les contraint dans leurs dépenses. Elles ne peuvent pas nécessairement cibler ce qu’il leur faudrait vraiment. C’est aussi pour ça que le gouvernement privilégie les chèques, car cela rassure sur l’utilisation faite de cet argent, auteur de beaucoup de clichés », pointe Angela Sutan.

« Il y a un certain paternalisme à vouloir prédéfinir comment les personnes précaires pourront disposer des aides. Comme si, sans cela, elles allaient mal dépenser leur argent, déplore Noam Leandri. Cela empêche de gérer son budget sur plusieurs mois et de le lisser. » A moins d’un chèque en blanc, le gouvernement peine donc toujours à convaincre.

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