Accueil Économie Le Rangen est classé parmi les 12 meilleurs vignobles du monde et...

Le Rangen est classé parmi les 12 meilleurs vignobles du monde et « ça va aider l’Alsace »

  • Le grand cru Rangen, dans le Haut-Rhin, a été désigné parmi les 12 grands vignobles du monde par le magazine spécialisé Decanter.
  • S’il n’est pas le plus célèbre, au milieu des Pétrus, Musigny ou Montrachet, ce n’est pas une surprise pour plusieurs propriétaires-récoltants du Rangen.
  • Est-ce que ce type de classements peut améliorer l’image des vins d’Alsace auprès du grand public ? Les vignerons veulent y croire.

Le célèbre Pétrus dans le Bordelais, les non-moins connus Musigny et Montrachet en Bourgogne… et le Rangen d’Alsace ! Le terroir situé à proximité de Thann, dans le Haut-Rhin, a été désigné début novembre parmi les 12 plus grands vignobles du monde, selon le magazine spécialisé Decanter. Une surprise ? « Je ne dis pas que je m’y attendais mais il devait être au moins dans les vingt premiers », répond Alexandre Schoffit, qui possède sur place un petit peu plus de cinq hectares sur la vingtaine cultivée. « En 1983, la revue Cuisine et Vins de France l’avait déjà placé dans les cinq plus grands terroirs de France », ajoute Olivier Humbrecht, dont le domaine fait aussi partie des rares propriétaires des lieux.

Il faut dire que le Rangen se mérite… Si le cadre est assez idyllique avec un coteau hyper raide qui s’arrête à 430 mètres d’altitude et surplombe la rivière Thur, le travail de la vigne n’y est pas simple. La pente « peut atteindre les 130 % » par endroits, avec une moyenne de 90 %. « Ce qui correspond à environ 45°, soit un toit de maison alsacienne », image l’un des deux vignerons. Evidemment, cela empêche toute mécanisation et certains vendangeurs se retrouvent même encordés pour les zones les plus difficiles d’accès.

« C’est un endroit magique, résume Alexandre Schoffit, qui pourrait en parler des heures. Le sol est volcano-sédimentaire. La roche, pointue et anguleuse, est sombre mais il ne faut pas imaginer de la lave refroidie comme sur l’Etna, par exemple. Là, ce sont plutôt des cendres refroidies. Cela se retrouve dans le vin, avec un côté fumé au nez puis beaucoup de notes très exotiques en bouche et une belle amplitude. On a ensuite une sensation un peu tanique puis un troisième effet assez salin. C’est très salivant et long ! »

« Son Pinot Gris n’a pas d’égal »

Trois cépages y sont plantés, du Gewurztraminer au pied et surtout du Riesling et Pinot Gris. « Son Pinot Gris n’a pas d’égal parmi les grands crus de la région. Je suis fier de le dire », assure Olivier Humbrecht avant de se vouloir plus général sur le Rangen : « c’est un terroir dont on parle depuis des centaines d’années. Ce n’est un hasard, il donne des grands vins, peu importe presque le talent du vigneron. »

Reste que sa notoriété n’est aujourd’hui pas la même que pour d’autres au sein de ce fameux classement de Decanter. Pourquoi ce retard ? Plusieurs raisons sont avancées par les spécialistes. A commencer par la taille réduite du vignoble alsacien (environ 15.000 hectares), et donc sa force de frappe publicitaire, par rapport à ses concurrents français. En Bourgogne, le double est cultivé, contre dix fois plus dans le Bordelais. « Mais il y a aussi des aspects historiques, reprend Alexandre Schoffit. Nos vins n’empruntaient pas les mêmes routes commerciales que les autres. L’Alsace est davantage consommé dans les pays nordiques, où il arrivait grâce au Rhin. Sans oublier que nous avons aussi subi des maladies comme le phylloxéra, le tout dans un endroit difficile à cultiver. A un moment, les gens préféraient aller travailler dans les usines de Thann plutôt que de s’écharper dans le Rangen. »

Durand les vendanges du Grand Cru Rangen, le 17 octobre 2012 à Thann.
Durand les vendanges du Grand Cru Rangen, le 17 octobre 2012 à Thann. – FREDERICK FLORIN

« Il ne faut pas non plus oublier les deux guerres mondiales, avec les dégâts que ça a laissés. Je ne vous dis pas le nombre de grenades qu’on y avait retrouvées, prolonge son confrère, dont le père a relancé la production dans les années 1970. A cause de tout ça, il y a eu beaucoup de périodes compliquées et pas de vin pendant presque cinquante ans, à partir de l’entre deux-guerres. Forcément, ça a pesé. »

« Ça va faire du bien à tous nos vins »

Depuis, ce grand cru, le plus méridional d’Alsace, est surtout connu des spécialistes, en témoignent les excellentes notes qu’il reçoit chaque année dans les guides spécialisés. Mais cet éclairage nouveau pourrait aussi lui redonner son lustre d’antan auprès du grand public… Les deux vignerons veulent y croire. « Ça va aider l’Alsace et faire du bien à tous nos vins. Avoir ce genre de reconnaissance permet de rassurer les gens », estime Olivier Humbrecht. « Les consommateurs français ont parfois du mal à penser Alsace. J’espère que le Rangen contribuera à mettre une meilleure image sur la région », appuie Alexandre Schoffit.

« Les vins d’Alsace, en particulier le Grand Cru Rangen n’ont pas à rougir, bien au contraire, nous sommes les garants de ce patrimoine viticole incroyable dont la renommée et la qualité de nos vins doivent se répandre par-delà nos frontières », ajoute encore Hervé Schwendenmann, président-vigneron exploitant chez Wolfberger, le troisième principal propriétaire du coteau. Preuve que le classement de Decanter porte déjà ses fruits, les demandes affluent actuellement pour le dernier millésime du Rangen. « Je vais devoir fonctionner avec un système d’allocations (de réservations) », rigole Olvier Humbrecht, qui a aussi prévu d’augmenter le tarif de la bouteille, de « 100 à 110 euros ». Déguster l’un des plus grands terroirs du monde a un prix.

Laisser un commentaire

Please enter your comment!
Please enter your name here