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Mondial de l’automobile : En 2022, quels imaginaires pour la voiture d’aujourd’hui et de demain ?

FUTUR Rassurons les amateurs, la voiture fait toujours rêver. Mais de manière différente d’il y a vingt ans

  • Le Mondial de l’automobile a ouvert ses portes aux visiteurs cette semaine à Paris, dans une année marquée par une double crise écologique et économique.
  • Une actualité qui, peu à peu, change l’imaginaire autour de la voiture.
  • Si les concepts de liberté et d’indépendance restent solidement ancrés, l’écologie, l’accessibilité ou la simplicité font de plus en plus rêver.

De notre envoyé au Mondial de l’auto,

« J’aime la voiture, j’adore la voiture (…) La voiture, c’est la liberté, et tous ceux qui la condamnent devraient se souvenir de ce qu’était l’Union soviétique (…) La voiture, c’est la France (…) c’est notre culture. » Le 2 décembre 2019, le – déjà – ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, s’exprimait en ces termes à la Journée de la filière automobile. Des paroles – notamment l’opposition avec une URSS tombée depuis 1991, on le rappelle – qui pouvaient sembler anachroniques. Un peu moins de trois ans plus tard, le Mondial de l’automobile a ouvert ses portes aux visiteurs pour la semaine. En pleine crise écologique, économique. Et, de manière plus conjoncturelle, en pleine pénurie d’essence quasi-nationale.

A voir le monde présent, la voiture fait encore rêver, merci pour elle. Mais à quels imaginaires renvoie-t-elle aujourd’hui ? Avec autant de suspense que pour le Ballon d’or de Benzema, c’est le mot « liberté » qui l’emporte largement, revenant quasi systématiquement dans la bouche des passionnés sur place, constructeurs comme visiteurs. D’autant que les derniers mois n’ont pas été les plus simples à ce sujet. Envolée lyrique du côté de Damien, 35 ans, veste Redbull sur le dos et cœur dédié à Max Verstappen : « L’homme est fait pour explorer, découvrir, bouger. La liberté de déplacement fait partie des fondements de nos civilisations, dont on a été privé pendant deux ans de confinement et de couvre-feu. C’est bien le train, le bus ou le métro, mais c’est aller d’un point A à un point B. La voiture, c’est des points à l’infini ».

La mobilité pour tous, ou pour quelques-uns ?

Une liberté qui doit être accessible à tous, défend-on encore. « La voiture, dans l’imaginaire, c’est de l’usage. Et plus on évolue, plus chaque usage se spécifie. Peu à peu, nous allons aller vers la fin de la voiture comme propriété, pour toujours plus d’usages différents. Des voitures disponibles pour tout le monde, selon chaque moment et chaque besoin », imagine-t-on chez Cosmobilis. Du côté d’Aixam, numéro 1 de la voiture sans permis, l’idée est que tout le monde puisse conduire, même ceux sans le fameux papier rose : « Hier, aujourd’hui, demain, la voiture offre de la mobilité. Les gens ont besoin de voir leurs proches, vous ne pouvez pas lutter contre ça. La voiture, c’est les gens à portée de main. »

Certains visiteurs ont pourtant fait le choix de renoncer à leurs précieuses autos. A contre-courant des constructeurs, Sophia, 27 ans, imagine l’automobile se raréfier : « La voiture, pour mon père, c’était l’indispensable. Pour moi, c’était les dépenses et les culpabilisations écologiques. » Au stand d’Alpine, elle admire l’A110R, conçu en 32 exemplaires, à 148.000 euros le bébé tout de même : « C’est peut-être ça, le monde de demain : la voiture en objet de luxe, un rêve inatteignable pour le commun des mortels. On sait tous que dans le futur, tout le monde ne prendra plus l’avion. Sans doute plus la voiture non plus ».

L’électrique ou rien

Car la fameuse « fin de l’abondance » annoncée par Emmanuel Macron a bien pris ses quartiers dans les allées du salon. Pour le thermique, bien sûr : les stands proposent presque à l’unanimité des modèles électriques, quand il ne s’agit pas de l’ensemble de la gamme présentée. Et ça tombe bien, c’est ce qui attire le plus. « Vous verriez la voiture de mon grand-père, vous comprendriez que le secteur est plein d’innovation, vu le changement en cinquante ans, constate Camille dans un sourire, sa casquette Ferrari bien vissée sur une tête pleine d’espoir. Pour moi, la voiture, c’est ça : des solutions. Face à la distance, face au prix du train… La voiture répondra aux problèmes écologiques : ce sera bientôt non polluant. »

« Cela va changer les sensations sur la route. Les conducteurs vont notamment découvrir le silence », estime-t-on du côté de Renault. Quant à la liberté chérie plus haut, elle va aussi devoir s’adapter. Ou du moins se planifier, selon le constructeur : « Le temps où l’on partait un soir de Paris pour aller à la plage dans le Sud sur un coup de tête touche à sa fin. Désormais, avec la nécessité des bornes de recharge, un voyage, ça nécessitera de planifier, de prévoir les arrêts… »

Des marques et des rêves

Fini l’abondance aussi du côté des accesoires : les designs épurés l’attestent, la course au gadget, c’est terminé, ou relégué aux films de James Bond. « On ne cherche plus qu’à avoir l’essentiel », jure-t-on chez Dacia, en ode à la simplicité.

La voiture est donc en profonde mutation, poussée par la transition vers l’électrique, la sobriété… Pas si vite. Chez Alpine notamment, en pleine description de ce fameux modèle A110R, on rappelle que derrière toutes ses innovations, « la marque reste fidèle à son histoire, ses qualités et son design. Il faut parler aux gens qui nous suivent depuis des années. La voiture, c’est avant tout des passionnés qui parlent à des passionnés. » Le mot de la fin pour Camille : « C’est le propre de la voiture d’avoir des imaginaires. Une voiture, ça fait rêver. Et tant que ça fait rêver, le secteur aura de l’avenir. »

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