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Pauvreté : « Les gens n’ont plus de pièces à donner » … Les SDF face à la dématérialisation des paiements

  • En France, l’argent se dématérialise, et la plupart des achats se font désormais sans liquide. Une tendance accrue par la crise sanitaire, qui a changé nos habitudes de paiement.
  • Cette dématérialisation affecte particulièrement les personnes sans-abri, les passants ayant de moins en moins de pièces sur eux à leur donner.
  • Un « manque à gagner » très difficilement vécu, et qui augmente encore la précarité de cette population.

La casquette retournée par terre reste aussi désespérément vide que le regard est abattu. Une journée de vache maigre de plus s’annonce pour Alain, sans-emploi ni abri depuis vingt-cinq ans. Bien sûr, dehors, la situation n’a jamais été idyllique, « mais plus le temps passe, plus ça empire. » Les sommes récoltées se réduisent jour après jour, et les donateurs se font de plus en plus rares. « Il n’y a plus de bonnes journées. Avant, quelqu’un un peu généreux vous sortait un ticket restau ou 10 euros, et paf, ça vous faisait sourire pour quelques heures, et vous pouviez acheter de chouettes choses avec. Quelques heures à être presque heureux, c’est précieux vous savez ». Mais ce temps-là semble révolu. Ce qui mine le plus le quinquagénaire dans la piètre récolte de ce matin, c’est qu’elle n’a rien ni d’inhabituelle ni d’une journée particulièrement noire. « C’est juste la routine désormais, les gens donnent beaucoup moins qu’il y a dix ou vingt ans. »

Pour Alain, ce n’est pas que les passants ne veulent plus, « c’est qu’ils ne peuvent plus. Ils paient tout en carte bleue, n’ont plus de pièces à donner… Même les tickets-restaurants se dématérialisent. » Selon les données de la Banque de France, billets et espèces ne représentent plus qu’un quart des paiements physiques (sans compter l’e-commerce) dans le pays. D’après une étude menée par la banque ING en 2021, 35 % des Français déclaraient ne pas avoir de cash sur eux dans la vie courante.

« Pour eux, il n’y a pas de solution »

« Il y avait cette tendance de fond depuis des années, et les confinements l’ont amplifiée » avec la peur d’être contaminé via les pièces et billets en circulation. « L’argent liquide disparaît, et avec lui, les dons des gens dans la rue, confirme Christelle, sans domicile fixe depuis dix ans. En 2030, les gens n’auront plus une pièce, redoute-t-elle. On va vers la dématérialisation totale de l’argent, et comment on fera nous ? »

Julien Damon, sociologue spécialiste de la pauvreté et auteur de La question SDF, critique d’une action publique (Le lien social, 2012), constate lui aussi la dangereuse évolution de la société pour les sans-abri : « Tout se dématérialise, que ce soit l’argent ou le travail. Les actifs font moins de trajets quotidiens pour aller au boulot, avec moins d’argent liquide. Mais la mendicité ne se télétravaille pas elle, ni ne se dématérialise. » Certaines associations ou organismes ont trouvé la parade en multipliant les lecteurs de carte bancaires ou les paiements en ligne. « Même dans certaines églises, il est désormais possible de faire la quête en carte bleue », poursuit le sociologue. « Mais pour les sans-abri, cela n’est évidemment pas faisable. Pour eux, il n’y a pas de solution ».

Les impensés de la numérisation

De manière plus générale, « l’ensemble de la dématérialisation est mal vécu par les sans-abri, notamment celle pour leurs droits », poursuit Marie Loison, maîtresse de conférences en sociologie, spécialiste du sans-abrisme, et autrice de Habiter à coté des SDF (L’Harmattan, 2014) : « Les sans-abri sont les impensés et les exclus de la numérisation extrême de notre société ».

Cette disparition d’argent liquide s’accompagne d’une sorte de « déculpabilisation » du passant. « Au tout début, quand quelqu’un me répondait qu’il n’avait pas de pièce sur lui, il avait un peu honte, baissait les yeux. Ce n’était pas très crédible comme excuse. Maintenant, ils le disent avec aplomb, ils savent que c’est normal à notre époque. Les gens se sentent moins obligés, il y a la raison parfaite et crédible pour ne rien donner », soupire Alain.

L’achat, entre paternalisme et manque d’efficacité

Ceux qui n’ont pas de pièce sur eux mais qui veulent quand même aider optent souvent pour des achats, mais cette voie peine à convaincre du côté des sans-abri. Premier grief, « Je sais que beaucoup ne comprennent pas, mais c’est du paternalisme et souvent un peu du mépris  »Je vais t’acheter ça pour que tu ne fasses pas de bêtises avec l’argent que je donne » », dénonce Christelle. « Qui d’autres mieux que nous saurons ce qui nous convient le plus et quoi acheter ? On nous prive de notre autonomie d’achat »

Ce que Julien Damon démontre avec le théorème du sandwich. Si dans une journée, dix personnes donnent 2 euros à un SDF dans la rue, ce dernier se retrouve avec 20 euros qu’il pourra dépenser comme il veut, quand il le veut, aujourd’hui ou dans trois mois. Si ces dix mêmes personnes lui achètent à la place un sandwich, « la personne se retrouve avec dix sandwichs, périssables et qui ne servent qu’à se nourrir. »

Des dons trop « scolaires »

Maël, à la rue depuis quatorze ans, casse même les clichés : « En réalité, quand on vit dehors, manger, c’est sans doute le plus facile. Il y a plein d’assos, d’invendus, d’aides. On ne s’éclate pas le ventre à chaque repas, hein, mais globalement ça va. » Un constat confirmé par Marie Loison : « A part durant la crise sanitaire, le maillage associatif est tel que des personnes très précaires ont au moins la possibilité de trouver à manger. C’est sur les autres achats que le manque se fait plus sentir, par exemple pour les protections périodiques chez les femmes sans-abri. »

Alain poursuit : « Lorsqu’ils nous achètent des choses, les gens optent pour des options très  »scolaires » : de la nourriture, et saine en plus. Une fois, on m’avait acheté du bio, et sans édulcorant s’il vous plaît. Mais quand on dort dans la rue, on s’en fout un peu de ce genre de considération. Avec la même somme, je me serais achetée deux fois plus à manger, même si c’est moins sain ».

« Vous verrez si vous n’avez pas envie d’une bière »

Au-delà de certaines nourritures plaisir auquel les gens ne pensent pas – « du chocolat, des bonbons, quelque chose de bon et qui fait du bien au moral plus qu’au ventre », poursuit Alain, Maël met les pieds dans le plat : « Bien sûr que parfois, avec l’argent donné, on va s’acheter de l’alcool et de la drogue. Mais qu’est-ce que vous croyez ? Passez une nuit dans le froid, et vous verrez si vous n’avez pas envie d’une bière pour rendre le tout un peu moins pire. »

Mais avec la dématérialisation de l’argent, et donc la perte d’autonomie sur les dons reçus, « on se tape tous les béni-oui-oui qui pensent savoir mieux que nous ce qu’il nous faut », soupire Maël. La nuit tombe, et la casquette d’Alain affiche péniblement 3,50 euros… et un sandwich Dauna au thon. « Je vous jure, ce sandwich, je n’en peux plus. Ça et le jugement des gens, ça fait beaucoup… ou peu, c’est selon. »

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